Au Castelet, le Bol d’Or
Le Bol d’Or, créé en 1894 par Paul Decam (directeur de Paris-Pédale) sur le vélodrome de Buffalo à Neuilly-sur-Seine, fut d’abord une épreuve cycliste : le premier vainqueur, Constant Huret, y a parcouru 736 km en 24h devant 6 000 spectateurs, remportant un trophée de 15 kg de bronze doré financé par les Chocolats Menier : le fameux « bol d’or ». Remplacée progressivement par la moto dès 1922, l’épreuve disparut après 1950, avant d’être relancée récemment, badgée FFC mais ouverte à tous, sur le circuit Paul Ricard. Elle se fait en solo ou en relais : à deux, trois, quatre, six ou huit.
Pour les cyclotouristes, l’attrait est double : l’ambiance festive (famille, amis, stands, couples partageant le relais) et la possibilité de repousser ses limites sur un circuit, avec ravitaillement et arrêts possibles à tout moment, contrairement aux BRM en autonomie. Je suis avec un collègue expérimenté (78 ans, 5e participation).
Après avoir pris ma chambre à l’hôtel, à 4 km du circuit, je récupère nos dossards à 20h le vendredi, évitant la cohue du samedi matin, et installe notre stand dans le box n°1, bien placé près des points d’eau et d’électricité. Un mail nous annonce alors la réduction de la course à 16h (au lieu de 24h) à cause de la chaleur ; décision justifiée plus pour les accompagnants et les bénévoles debout au soleil que pour les cyclistes, entraînés à supporter 32°C (max) avec un vent de 15 km/h sur les heures les plus chaudes de la journée. Je visais les 400-450, voire 500 km ; ce sera forcément moins. Petite démotivation.
Samedi matin, je teste le circuit sur 4 tours, pour calibrer effort et trajectoires. À 19h, départ type… Bol d’Or : cyclistes d’un côté, vélos tenus par les accompagnants de l’autre. On court entre les deux. Je démarre lentement pour économiser les glucides, activant progressivement la filière lipides. Je double bientôt mon collègue, parti sans doute trop vite. La course demande de l’attention, à cause des « trains » d’équipes roulant à 45 km/h, qui coupent les virages à la corde et frôlent les solos. De nuit, l’obscurité (éclairage minimal des lampadaires, éclairage individuel limité au feu arrière) et l’impossibilité de les voir arriver rendent chaque virage un peu stressant.
J’alterne pauses courtes (banane, barre) et longues (riz-œuf ou riz-sardines) toutes les 2h, avec une coupure de 30 min à 3 heures du matin pour un bol de pâtes et 1/2 heure de sommeil.
Malgré les trains, la course se passe sans incident : les plus rapides, aguerris, évitent habilement les solos. Malgré la légère frustration d’une course tronquée d’1/3, la fin est un petit bonheur : ayant gardé des forces, je roule à 30 km/h sur la dernière demi-heure, parvenant à grappiller un tour supplémentaire au drapeau à damier, à 11h du matin.
Bilan : 57 tours, 333 km (et même 61 tours, 356 km et un D+ de 1965 m pour la journée, avec les quatre tours du matin) ; ce qui aurait permis de passer la barre des 500 km en 24 heures. Satisfaction donc à l’arrivée. Une belle expérience. Bernard